Par: Ashley de Haas
Figure 1
Joseph Wright of Derby, Arkwright’s Cotton Mills by Night, : Cromford, Derbyshire, Angleterre, Peinture à l’huile sur toile, c. 1782-1783, h/t, 99,7 x 127,7 cm, Collection particulière.
Source de l’image : catalogue en ligne de Sotheby’s
1.INTRODUCTION
Joseph Wright de Derby est un peintre très emblématique de la Grande-Bretagne durant la XVIII siècle. Il a fait sa carrière pendant cette période de transition importante entre l’âge préscientifique et le siècle des lumières. Il s’agit de l’époque de la révolution industrielle et, au même moment, une nouvelle foi en la science moderne se développait. Wright était fasciné par les méthodes de fabrication et il éprouvait un grand respect pour la main- d’œuvre. Les ateliers de forgeron ont été un lieu symbolique qu’il avait utilisé dans ses peintures, avec un accent sur le fer, qui est devenu un symbole important de l’industrie. ((Muriel Adrien « L’or dans la peinture de Wright of Derby », https://journals.openedition.org/polysemes/940)) Il était surtout connu pour ses études dramatiques et scientifiques sur la lumière et sa théâtralisation des scènes de travail. Plus tard au cours de sa carrière, son esthétique a radicalement changé, passant à des paysages modernes et romantiques, démontrant une certaine harmonie entre la nature et l’industrie. ((Peggy Davis Les arts au XIXe siècle, « Révolution Industrielle et histoire visionnaire », cours de 7 Mai 2020))
Le tableau de Joseph Wright, Arkwright Cotton Mills by Night (fig.1) est devenu l’un des paysages les plus célèbres de l’artiste, possiblement grâce à son sujet, l’usine de coton de Arkwright, qui était emblématique de l’économie et de la prospérité de la Grande-Bretagne à l’époque. Ceci est un excellent exemple de sa nouvelle esthétique moderne et romantique, où au lieu de montrer des figures humaines comme protagoniste, l’usine elle-même est le sujet principal.
Dans le texte de Greg M Thomas « From Ecological Vision to Environmental Immersion : Théodore Rousseau to Claude Monet », l’auteur nous explique que, les peintres impressionnistes français durant les années 1860 à 1870 ont consciemment peint des paysages dominés par l’industrie pour souligner le progrès industriel et sa dominance sur la nature. Les impressionnistes ont exprimé un point de vue capitaliste à travers leurs tableaux qui a célébré l’exploitation de l’environnement naturel.((Greg. M Thomas « From Ecological Vision to Environmental Immersion: Théodore Rousseau to Claude Monet »)) Il existe, cependant, des différences fondamentales entre l’approche de Joseph Wright et celui des impressionnistes, concernant leurs valeurs sur le sujet d’écologie et le rôle de la nature dans le paysage peint.
Alors que les impressionnistes cherchent à souligner la domination humaine sur la nature, dans ce tableau, l’artiste encadre harmonieusement l’usine dans le paysage naturel. Il ne semble pas dépasser son environnement, mais plutôt travailler à l’unisson l’environnement naturel pour créer une composition dynamique, qui est en même temps, harmonieuse. Il est important de mentionner, bien que peu discuté dans ce document que bien que l’homme ne semble pas exploiter l’environnement dans ce tableau, le contexte même du paysage est basé sur les filatures de coton, ce qui est l’exemple parfait de l’exploitation humaine sur d’autres humains qui sont moins privilégiés en termes de leur placement dans la hiérarchie sociale. L’esclavage a été le cœur de l’économie britannique en cette période de progrès industriel.
Camille Pissaro, Vue de la cotonnière d’Oissel, environs de Rouen, Peinture à l’huile sur toile,
c. 1898, 65,3 x 81 cm, Musée des Beaux Arts de Montréal.
Source d’image : Musée des Beaux Arts de Montréal, collection en ligne.
Dans le cas de Wright ainsi que les Impressionistes Français, les images du progrès industriel faisait aussi miroir à la réalité. C’est-à-dire qu’il sont des artistes qui ont peints pendant des périodes importantes de progrès industriel. Par contre, les Impressionnistes célébraient le développement commercial plutôt que l’écologie. Arkwright’s Cotton Mills by Night nous montre une humble représentation de l’usine, reconnaissant le fait que, même la nuit, le travail doit continuer et que à l’intérieur de l’usine il y a des êtres humains qui doivent travailler par obligation. Par conséquent, Wright reconnaît la présence des travailleurs, sans objectivation. Il reconnaît également le rôle important de la nature dans l’avancement industriel, lorsque l’usine n’est pas en train de dominer l’environnement naturel. L’objectif de cette analyse est de démontrer que, même si « Arkwright’s Cotton Mills by Night » montre le progrès industriel, tout comme les Impressionnistes, Wright démontre une appréciation pour la nature qui exprime un point de vue écologiste, tandis que les Impressionnistes célébraient « l’exploitation dominante de la terre pour une production rentable. » (Thomas, p.49) Bien que les deux aient peint des paysages qui intégraient l’industrie et l’environnement naturel, l’approche de Wright était différente et sans doute plus écologique que les impressionnistes qui s’éloignent de l’approche romantique de Wright.

Claude Monet, Le Havre, Bâteaux de Peche Sortant du Port, peinture à l’huile sur toile, c. 1872 h/t 60 cm x 101 cm, Collection particulière.
Source d’image: Los Angeles County Museum of art, collection en ligne.
2.ANALYSE DE L’OEUVRE
Arkwright Cotton Mills by Night est un tableau qui est très lourd et sombre au premier plan, ancrant l’ensemble du paysage avec des grands arbres trés foncées. L’effet perspective est créé, principalement par l’utilisation de tons contrastés . C’est-à-dire que le vert que l’artiste a utilisé sur les arbres du premier plan est très saturé, presque noir et cela occupe une grande partie du tableau. Le fond du tableau, derrière le sujet principal est aussi vert, cependant, il est un vert avec peu de pigment comparé au premier plan et c’est ce contraste calculé qui crée l’effet perspective. L’usine, trouvée dans le sol moyen, au mileu de la composition, est aussi en contraste élevé avec le premier plan. Comme l’usine est éclairée et aussi colorée avec des tons sourds et pastel, il ne semble pas menaçant. Presque centrée dans la toile, l’usine est encadrée par les arbres sombres du premier plan. Il est éclairé à la fois de l’intérieur, ce qui suggère que les travailleurs étaient encore là, tard dans la soirée, et aussi par le clair de lune ci-dessus. L’usine semble très petite par rapport à son environnement, soulignant le fait que la nature reste la force dominante dans ce tableau. En arrière-plan, la lune brillante et parfaitement circulaire brille au-dessus de l’usine et les nuages blancs bouffis se déplacent gracieusement autour. Cet équilibre gracieux met en valeur la perfection de la nature. Le contraste entre le premier plan et le fond est dramatique, en particulier les nuages blancs adjacents au premier plan, presque complètement noir. Mis à part les nuages, le reste de l’arrière-plan est quelque peu atténué, mettant en valeur les éléments contrastés qui encadrent l’usine de coton illuminée. Le premier plan et l’usine elle-même restent complètement ancrés dans la composition tandis que la nature se déplace délicatement autour d’eux. Cela échappe à un sentiment d’harmonie entre la nature et l’industrie. Fidèle à sa réputation, l’artiste utilise des effets de lumière dramatiques pour créer un sentiment de théâtralisation. Dans ce cas, par contre, la lumière est douce et contrôlée. L’artiste a mis la source de lumière principale, directement au-dessus du sujet, attirant l’attention sur l’usine indirectement. Il ne semble pas d’avoir une tension entre les éléments.
3. CONCLUSION
Pour conclure, Greg. M Thomas, dans son texte « From Ecological Vision to Environmental Immersion : Théodore Rousseau to Claude Monet », compare quatre écoles de pensée parmi les paysagistes Français entre 1840 et 1880, les Impressionnistes ayant le moins de point de vue écologique des quatre groupes discutés. Ils manifestent un désintérêt pour la conservation de la nature et une préférence pour le progrés industriel,« célébrant l’avenir, promouvant une politique d’assimilation au capitalisme » (Thomas, p. 49). La peinture analysée, Arkwright’s Cotton Mills by Night, peint plus de 50 ans plus tôt, en Angleterre était, de même une peinture de paysage qui a également montré le progrès industriel, ainsi que la nature. Comme les Impressionnistes, l’artiste était fasciné par le progrès industriel, mais, la distinction la plus importante réside dans les interactions entre l’environnement et l’industrie. L’approche de Wright célébrait la nature et son importance dans le paysage lorsqu’il n’y avait pas de tension entre les éléments naturels et fabriquées. Avec son tableau, Arkwright Cotton Mills by Night, Wright cherchait à évoquer une equilibre importante entre la nature et de l’industrie.
BIBLIOGRAPHIE
THOMAS, Greg, « From Ecological Vision to Environmental Immersion : Théodore Rousseau to Claude Monet », dans EISENMAN, Stephen F., ed., From Corot to Monet : The Ecology of Impressionnnism, Milan, Skira, 2011, p. 45-57.
SPILLANE, BARBARA, «Reflections on Joseph Wright of Derby» En ligne. <https://nanopdf.com/download/reflections-on-joseph-wright-of-derby_pdf> Consulté le 27 mai, 2020.
ADRIEN, MURIEL, «Gold in Wright of Derby’s Paintings» En ligne. <https://journals.openedition.org/polysemes/940> Consulté le 23 mai 2020.


Bonjour! Très bon texte. Il est intéressant de constater que les artistes du XIXe siècle avaient, pour certains, une conscience écologique. L’oeuvre a été peint à un moment où l’industrialisation était en plein essor, et les artistes tentaient de capter les différents changements dans leur environnement, comme dans la toile choisie. L’industrialisation a eu de très grands impacts sur la nature, causant ainsi un changement radical dans le paysage. Les artistes ont certainement été touché par l’industrialisation de leur modèle, le paysage. Comme mentionné dans le texte, l’artiste offre une certaine harmonie entre la nature et l’industrie. J’ai beaucoup aimé ton passage lorsque tu mentionnes que l’industrie de coton, et comment l’esclavage a, en quelque sorte, construit le paysage britannique. Il est vrai que l’Angleterre s’est enrichie par l’esclavage, et par la domination. J’ai beaucoup apprécié ce rappel historique, qui devrait être bien plus présent en histoire de l’art, et dans notre histoire en général. J’ai bien aimé ton texte, tu m’as offert une nouvelle vision sur ce tableau, sur lequel je ne m’étais jamais vraiment attardée. Ton texte me donne envie d’en savoir plus, et tu as crée de beaux liens entre la nature et l’industrie.