Corot et son évolution du dessin en plein air

Jean-Baptiste-Camille Corot est un peintre formé par l’école néoclassique du paysage au début des années 1820. Il deviendra un élève de Valencienne qui saura marquer ses oeuvres d’une grande analyse de la nature et d’un naturalisme. Au fil des années, Corot va évoluer dans sa maitrise du paysage et la perception qu’il en garde ce celui-ci deviendra son pointde départ. Il va se détacher de la peinture en nature pour migrer vers un travail de mémoire complètement effectué en atelier. Durant toute sa carrière, Corot effectue de nombreux carnets d’esquisse et de croquis qui sont au coeur de son activité créatrice ((Arlette Sérulaz, exposition-Camille Corot (1796-1875), 12 juin 2007. En ligne < https://www.dessinoriginal.com/news/article/exposition—camille-corot-1796-1875-0058.html?var_recherche=corot >. Consulté le 2 juin 2020.)).

Figure 1
Jean-Baptiste-Camille Corot, L’hymne au soleil, ou Orphé saluant la lumière, 1865, fusain sur papier coloré, 47cm x 30,6 cm, Louvre
source : exposition du Louvre en ligne

Le travail de Corot avec son oeuvre Hymne au soleil (fig. 1) exprime en dialogue avec le texte de Marie-Pierre salé Dessiner en plein air ; variation du dessin sur nature dans la première moitié du XIXe siècle l’évolution du dessin sur nature. Dans l’esquisse de Corot, on voit des rappels à la peinture de paysage néoclassique de son maitre Valencienne à travers l’étude des motifs et le travail de mémoire.Ensuite, on peut aussi voir et comprendre les valeurs du cercle de Barbizon dans une traduction de la nature personnelle à l’artiste. Le concept de travail de croquis en nature et de composition idéale en atelier présenté par Salé est remplacé par un travail de motifs fondés sur les souvenirs de l’artiste et réalisé strictement en atelier. Finalement, les nouvelles technologies seront utilisées pour traduire les émotions face à la nature grandiose et mystérieuse.

L’Hymne au soleil ou aussi nommé Orphé saluant la lumière représente un grand travail d’ombres et de lumière.En remplaçant l’usage du graphite ou de la plume au profit du fusain, les contrastes sont rehaussés et l’atmosphère poétique de l’oeuvre est plus présente. L’usage du papier teinté vient aussi aider à créer des ombres profondes. Corot va remplacer l’exactitude de son trait antérieur par la mélancolie et l’interprétation plus lyrique du paysage. L’artiste restitue un paysage de France basé sur sa mémoire et ses voyages faits dans le passé en accordant une grande importante à l’émotion vivement éprouvée. L’arbre qui domine l’esquisse dans le tiers droit représente la nature choisie avec soin et non idéalisée. Il en témoigne par sa courbure et son mystère qui ne renforce pas l’idée d’une nature parfaite (( « salon de 1861 », Revue anectodique des excentricités contemporaines, vol. 12, partie 1, 1861, p.221-222 )). Comme ce dessin était une oeuvre préliminaire avant le final, la touche de l’artiste est présente dans l’application du fusain ce qui renforce l’émotion véhiculée. Tout de cette oeuvre rend hommage et grâce à la nature dont Corot était si fasciné.

figure 2
Jean-Baptiste-Camille Corot, Le pont de Narni, 1827, huile sur toile, 68 cm x 94,6 cm, musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
source : collection en ligne du musée des beaux-arts du Canada

Formé par Michallon, comme l’explique Salé dans son ouvrage, Corot se trouve à peindre, en début de carrière, des paysages selon les valeurs de néoclassique de l’Académie française. Ses peintures sont exécutées avec le travail d’esquisses en nature, principalement italienne, basé sur la réalité de celle-ci avec l’étude des motifs et ensuite une recomposition idéalisée en atelier. Comme présenté avec Le pont de Narnie (fig. 2) en début de carrière, avec une étude des motifs de la nature spontanée et une représentation parfaitement fidèle d’un paysage historique. Ces concepts sont aussi présents dans l’esquisse de L’Hymne au soleil. Par exemple, le peintre travaille avec certains motifs comme celui de l’arbre et la lumière, mais travaille avec le souvenir comme le faisait son maître. C’est avec un esprit naturaliste comme celui de Valenciennes que Corot compose avec des motifs qu’il maîtrise à merveille. Corot avait « une étude du paysage et vision analytique très poussée » (( Christine Chabod, L’Hymne au soleil ; Département des Arts graphiques : XIXe siècle. En ligne <https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/l-hymne-au-soleil>. Consulté le 2 juin 2020. )). De plus, comme Salé mentionne, l’artiste pratique l’exercice de mémoire. Ici dans sa commande pour un client, l’artiste crée une composition avec des motifs de souvenir de paysage français étudier au cours de sa carrière. Après avoir travaillé l’étude de motifs directement en nature tout au long de sa carrière et après l’avoir modelé en atelier, l’artiste maîtrise les différents effets de la lumière sur l’environnement et sait très bien comment composer sans devoir être directement en nature.

Figure 3
Jonh Constable, La baie de Weymouth à l’approche de l’orage, 1819, huile sur toile,
88 cm x 112 cm, Musée du Louvre, Paris
source : exposition du Louvre en ligne

Par la suite, fortement inspiré par le naturalisme subjectif des Anglais (fig. 3), Corot, précurseur et source d’inspiration du cercle de Barbizon, va se renouveler avec une peinture de paysage basé sur l’exactitude d’une observation sensible de la nature. Dans L’Hymne au soleil, l’artiste travaille les différents motifs comme la lumière, les arbres et les effets atmosphériques (( Département des Arts graphiques du Musée du Louvre, «Camille Corot 1796-1875,Dessins du Louvre», dans Exposotions et actualités, 2007. En ligne. <https://www.louvre.fr/sites/default/files/medias/medias_fichiers/fichiers/pdf/louvre-communique-presse-camille-corot.pdf> )), imprégné d’émotion personnelle. Dans son texte, salé site Corot: “il faut interpréter la nature avec naïveté et selon votre sentiment personnel, en vous détachant complètement de ce que vous connaissez des maîtres anciens ou contemporains” ((Marie-Pierre Salé, « Dessiner en plein air. Entre ‘sur nature’, souvenir et atelier », Dessiner en plein air. Variations du dessin sur nature dans la première moitié du XIXe siècle, Paris, Louvre/Lienart, 2017, p. 13.)). 
On peut voir la touche personnelle du peintre simplement à travers une facture qui se détache complètement des néoclassiques.  Comme mentionné plus tôt, Corot produit complètement l’esquisse en atelier et invente un paysage imaginaire basé de sa perception de la nature.Corot exprime le paysage d’une contrée de France avec émotion et mélancolie à travers un dessin d’arbres noueux et un ciel de feuillage vaporeux. C’est à la fin de sa carrière que l’artiste travaille comme tel, il évoque la grandeur de la nature à travers une peinture de paysage historique. Orphé en admiration devant la grandeur « immobile » ((Christine Chabod, L’Hymne au soleil ; Département des Arts graphiques : XIXe siècle. En ligne <https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/l-hymne-au-soleil>. Consulté le 2 juin 2020.)) de la nature. L’atelier va devenir son lieu de création à partir du souvenir du motif.

De plus, afin d’exprimer sa vision de la nature avec sa touche poétique, l’artiste tire avantage des nouvelles technologies du moment. Comme le présent Salé dans son texte, plusieurs outils sont mis de l’avant pour refaire et représenter la nature dans son exactitude (la chambre claire ou la Daguerréotype). Par contre, Corot utilise l’arrivée des différentes teintes de papier et nouveau médium pour transmettre sa mélancolie. C’est à travers un papier plus foncé que l’artiste met en scène un paysage en lumière de lever du jour. Le papier aide à traduire la lumière que Corot aime tant étudier. C’est aussi à l’aide du fusain qu’il traduira une atmosphère vaporeuse et des touches de craie blanche qu’il ajoutera des éclats de clarté.

Le travail de Corot sera marqué par une évolution de style et de technique employée tout au long de sa carrière.Inspiré d’abord par son maitre Valencien et par la suite les naturalistes anglais, il va terminer sa carrière en se basant sur les émotions reliées aux paysages et profiter des nouvelles technologies offertes pour approfondir son propos.Cet artiste a su amener la peinture de paysage dans une toute nouvelle direction bien que la nouvelle génération d’artiste va abandonner ses idéologies et techniques pour poser un regard neuf sur la peinture de paysage.

texte écrit par Charlotte Boisclair et Alyzée Laroche

bibliographie

CHABOD, Christine, L’Hymne au soleil ; Département des Arts graphiques : XIXe siècle. En ligne <https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/l-hymne-au-soleil>. Consulté le 2 juin 2020. 

Département des Arts graphiques du Musée du Louvre, «Camille Corot 1796-1875,Dessins du Louvre», dans Exposotions et actualités, 2007. En ligne. <https://www.louvre.fr/sites/default/files/medias/medias_fichiers/fichiers/pdf/louvre-communique-presse-camille-corot.pdf>. Consulté le 2 juin 2020.

SALÉ, Marie-Pierre, « Dessiner en plein air. Entre ‘sur nature’, souvenir et atelier », Dessiner en plein air. Variations du dessin sur nature dans la première moitié du XIXe siècle, Paris, Louvre/Lienart, 2017, p. 9-26.

SÉRULLAZ,Arlette, exposition-Camille Corot (1796-1875), 12 juin 2007. En ligne < https://www.dessinoriginal.com/news/article/exposition—camille-corot-1796-1875-0058.html?var_recherche=corot >. Consulté le 2 juin 2020.

« Salon de 1861 », Revue anectodique des excentricités contemporaines, vol. 12, partie 1, 1861,
p.221-222

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