INTRODUCTION
Eugène Isabey est un peintre, aquarelliste et lithographe français, né en 1803, à Paris et mort en 1886, à Montévrain, en France. Il est le fils du miniaturiste, très popularisé, à l’époque, Jean-Baptiste Isabey (1767-1855). ((Léribault, Christophe, Eugène Isabey, Musée du Louvres, Cabinet des dessins, Paris : Louvre éditions / Lepassage, 2012, p. 9.)) Celui-ci était ami avec de nombreux artistes de son époque, notamment Jean-François Garneray (1755-1837), ce dernier étant un élève de David; ces relations amicales ont donc certainement contribué à l’enrichissement des connaissances d’Eugène en art.((MIQUEL, Pierre, Eugène Isabey 1803-1886 ; la marine au XIXe siècle, Monographie, Maurs-La-Jolie Editions de la Martinelle, 1980, vol. II, p. 18.)) Toutefois, cet artiste aspirait à devenir marin durant sa jeunesse. C’est lors d’un voyage au Havre, en famille, qu’il esquissa pour la première fois, des dessins de paysage. Cette expérience fut le point de départ de son déploiement artistique, tel qu’on le connaît aujourd’hui. Dans ses débuts en tant qu’artiste, il exposa au Salon de 1824, en compagnie d’un peintre contemporain à celui-ci, et bien connu, Eugène Delacroix (1799-1863), qui fut un atout quant à l’inspiration artistique d’Isabey. ((LÉRIBAULT, Christophe, op. cit. p. 9.)) Le jeune artiste s’inscrit dès lors, dans le courant des romantiques, on dit même, qu’il serait parmi les précurseurs du romantisme. ((ibid, p. 14)) Certes, il est préférable de lui accoler l’étiquette d’un peintre de marine, car ayant vécu près des grèves et des falaises bretonnes et normandes, ((ibid, p. 9)) son sujet favori est officiellement le bord de mer. Cependant, si l’on se fie au texte de Pomarède, ((POMARÈDE, Vincent, « L’étude de l’école de Barbizon : une nécessaire remise en question de l’histoire de l’art » dans L’école de Barbizon. Peindre en plein air avant l’impressionnisme (catalogue d’exposition), Lyon, Musée des beaux-arts / RMN, 2002, p. 11-27)) on peut oser croire qu’en tant que romantique du XIXe siècle, il s’intègre bien en tant que paysagiste (marin), au même titre que les romantiques de l’école de Barbizon. Leur rapport important à l’égard de la nature et leur façon spectaculaire de nous la transmettre en peinture, sont tout à fait complices dans cette comparaison. Durant toute sa carrière, Eugène Isabey a peint et exposé d’innombrables peintures, lithographie et dessins, et ce, jusqu’à sa mort.
Contrairement aux artistes de Barbizon, qui s’inspiraient de la forêt de Fontainebleau, la terre prisée par Isabey était la Bretagne; ((LÉRIBAULT, Christophe, op. cit. P. 11)) c’est d’ailleurs ce constat qui nous amène à analyser l’une de ses nombreuses œuvres bretonnes et/ou côtières : la Scène de la côte bretonne (Saint-Malo) (fig. 1).
ANALYSE DE L’ŒUVRE
On constate dans cette œuvre, qu’Isabey a peint la rive de Saint-Malo, qui est une ville portuaire, situé au Nord-Ouest de la France, en Bretagne, tel que le mentionne le titre. Le tableau est de forme rectangulaire. L’expression plastique dénote de fines lignes appliquées afin de définir les mâts des différents voiliers entrain d’accoster sur les remparts pittoresques.((Musée des beaux-arts de Montréal. En ligne. « https://www.mbam.qc.ca/fr/oeuvres/4549/ ». Consulté le 2 juin 2020.)) Ces mâts sont perpendiculaires aux rebords de deux des voiliers qui créent ainsi une ligne horizontale, mais comme les embarcations ne sont pas tout à fait accostées, ces lignes nous donnent le sentiment de partir à la dérive. La gamme chromatique est en partie constituée de teintes brunes, noires, grises et bleues. Au premier plan, vers la droite, on peut déjà constater les dégâts de la tempête qui s’amorce, avec le déferlement de la mer aux teintes plus claires, qui pousse les navigateurs à rentrer vers bon port, afin d’assurer leur survie et celle de leur embarcation. Au second plan, le ciel nuageux fait rage, avec ses nuages teintés de bleus et de gris, mais duquel sort de la lumière, à l’extrémité gauche. Cependant, il est opportun de souligner que la majorité des petits détails ne sont pas approfondis, tel que les personnages, qui se distinguent tout de même par leurs vêtements, mais pas suffisamment pour déchiffrer l’identité de l’un d’eux.

Eugène Isabey, Scène de la côte bretonne (Saint-Malo), 1860. Huile sur toile, 46.3 X 66 cm. Source de l’image : En ligne, site internet du Musée des beaux-arts de Montréal https://www.mbam.qc.ca/fr/oeuvres/4549/, consulté le 2 juin 2020.
LIEN INÉDIT AVEC LE TEXTE
L’œuvre d’Isabey, est une façon d’intégrer le lien pertinent entre les artistes de l’école de Barbizon en regard à ceux de l’école de Pont-Aven. L’auteur Christophe Léribault dit qu’Eugène Isabey serait un influenceur de l’enrichissement des œuvres paysagistes de la Bretagne, pour les peintres du XIXe siècle, et donc un précurseur de l’école de Pont-Aven. ((LÉRIBAULT, Christophe, op. cit. p. 11)) Cette école est, en effet, située en Bretagne. Elle est née autour de 1850, mais elle devient populaire vers la fin des années 1880 , attirant elle aussi des artistes aimants la nature, et la peinture de paysage, notamment l’artiste Corot (1796-1875). Ce peintre, faisant parti des artistes fondateurs de l’école de Barbizon, ((DAVIS, Peggy, Note de cours: École de Barbizon et postérité)) a visité la Bretagne sept fois, entre 1842 et 1865, ((LÉRIBAULT, Christophe, op. cit. p. 11)) et grâce à ses voyages, il a peint plusieurs œuvres de ces côtes prisées par Isabey. L’œuvre Paysage de la Bretagne (fig. 2) est un exemple de l’étude bretonne qu’il a fait durant ses visites.

Jean Baptiste Camille Corot, Paysage de la Bretagne, entre 1860 et 1865, huile sur toile, 61,3 x 51,5 cm, Bretagne, Musée des beaux-arts de Quimper. Source de l’image : En ligne, http://collections.mbaq.fr/fr/search-notice/detail/55-9-paysage-de-5cd12, consulté le 2 juin 2020.
On fait, entre autres, mention dans le texte de Pomarède, que l’artiste Corot admirait une œuvre de fin de carrière d’Isabey, au Salon de 1870, plutôt que les œuvres de Courbet et Millet, qu’il ne saisissait pas du tout. ((POMARÈDE, Vincent, op.cit. p. 25))
Cela étant dit, n’est-il pas pertinent de se demander si Barbizon a pu influencer les peintres de Pont-Aven afin de créer leur propre école en plein air de la Bretagne? En réponse à ceci, le texte Pont-Aven de, de l’auteur et historien de l’art Antoine Terrasse, permet de prendre position. En citant les propos de l’artiste Maurice Denis, Terrasse affirme : « Cette école de Pont-Aven qui, selon Maurice Denis, aura remué certes autant d’idées, influencé autant d’artistes que, naguère, l’école de Fontainebleau ». ((TERRASSE, Antoine, Encyclopædia Universalis En ligne, « http://www.universalis-edu.com.proxy.bibliotheques.uqam.ca/encyclopedie/ecole-de-pont-aven/ ». Consulté le 2 juin 2020.)) Il est donc évident que dans les pensées des artistes de l’époque, Barbizon était une influence pour les futurs écoles de plein air, et donc une influence pour l’école de Pont-Aven.
Toutefois, si les convictions de Barbizon étaient de rendre la peinture aussi vraie que la nature nous l’offre, Pont-Aven priorisait plutôt le laisser aller créatif et se souciait peu de la retranscription du réel. L’artiste Paul Gauguin (1848-1903) est le meilleur exemple pour appuyer cette idée. Son œuvre Vision après sermon (fig. 3) a été créée à Pont-Aven et a même fait naitre le mouvement du symbolisme. ((ibid))

Paul Gauguin, Vision après le sermon, 1888, huile sur toile, 72.20 X 91 cm, Écosse, Scottish National Gallery. Source de l’image : En ligne, « https://www.nationalgalleries.org/art-and-artists/4940/vision-sermon-jacob-wrestling-angel », consulté le 2 juin 2020.
CONCLUSION
En conclusion, il est certain que ces deux écoles n’ont pas alimentées les mêmes courants artistiques, Barbizon favorisant le néoclassicisme, le romantisme et le réalisme, tandis que Pont-Aven à surtout priorisé l’impressionnisme, qui fut d’ailleurs introduit par les artistes de Barbizon, ((POMARÈDE, Vincent, op. cit. p. 24.)) le symbolisme et le surréalisme. ((TERRASSE, Antoine, op. cit.)) Mais il est évident que les artistes pratiquant dans la forêt de Fontainebleau ont su transmettre leur passion pour la peinture de la nature partout France, et plus loin encore.
BIBLIOGRAPHIE
DAVIS, Peggy, Note de cours: École de Barbizon et postérité
LÉRIBAULT, Christophe, Eugène Isabey, Musée du Louvres, Cabinet des dessins, Paris : Louvre éditions / Lepassage, 2012, 81 p.
MIQUEL, Pierre, Eugène Isabey 1803-1886 ; la marine au XIXe siècle, Monographie, Maurs-La-Jolie Editions de la Martinelle, 1980, vol. II, 349 p.
Musée des beaux-arts de Montréal. En ligne. « https://www.mbam.qc.ca/fr/oeuvres/4549/ ». Consulté le 2 juin 2020.
POMARÈDE, Vincent, « L’étude de l’école de Barbizon : une nécessaire remise en question de l’histoire de l’art » dans L’école de Barbizon. Peindre en plein air avant l’impressionnisme (catalogue d’exposition), Lyon, Musée des beaux-arts / RMN, 2002, p. 11-27.
TERRASSE, Antoine, Encyclopædia Universalis En ligne, « http://www.universalis-edu.com.proxy.bibliotheques.uqam.ca/encyclopedie/ecole-de-pont-aven/ ». Consulté le 2 juin 2020.
Je trouve que le choix de l’œuvre d’Eugène Isabey la « Scène de la côte bretonne (Saint-Malo) » est rafraichissant dans le contexte de l’étude du plein air « picturesque » français de l’école de Pont-Aven en continuité avec l’école de Barbizon. Il est en effet très intéressant de constater que les peintres de Barbizon ont été les précurseurs d’autres groupes de peintres de plein air. Ces écoles qui ont abouti aux précurseurs tels que Corot pour l’impressionnisme et vous amenez également Gauguin pour le symbolisme issu de la tradition de la peinture de plein air de Pont-Aven. J’apprécie d’ailleurs la mise en contexte que vous avez présenté de la jeunesse du peintre Isabey et ses principales influences. Celles-ci permettent de comprendre son intérêt personnel pour les sujets de vie portuaire et marine. Tout comme Pomarède le soulignait dans son texte, Théodore Rousseau peinturait ses états d’âme avec la nature (p.21), nous pouvons nous demander si Isabey faisait de même de ses peintures côtières et de vie portuaire et de son aspiration à devenir marin dans sa jeunesse. D’ailleurs, cette vocation a marqué ses œuvres visuelles, dont celle que vous avez analysée ici. Le paysage montré dans la « Scène de la côte bretonne » est une scène de vie portuaire, d’activité humaine, qui n’est certes pas un paysage typique de l’école de Barbizon avec la forêt de Fontainebleau. Cependant, l’émotivité du courant romantique y est toutefois très présente dans la représentation de cette nature déchainée. On peut y voir ici une certaine démonstration du retour à la nature préconisé par l’école de Barbizon et les romantiques, mais celle-ci est reprise de force par cette mer qui reprend ses droits sur cette côte bretonne de Saint-Malo.