Gustave Courbet est un artiste et homme politique indéniable de sa période historique. Il sème fréquemment la controverse en s’opposant aux codes prescrits par la tradition académique. À l’occurrence, il utilise le grand format afin de représenter des scènes différant des tableaux d’histoire. Pour lui, les sujets contemporains méritent une place d’autant plus importante dans l’histoire de l’art. En outre, Courbet acquiert sa notoriété grâce aux commandes de riches mécènes et à sa participation à d’innombrables expositions. Il se voit parfois refusé au Salon, car les sujets qu’il aborde s’avèrent trop provocateurs. L’artiste parvient toutefois à obtenir une reconnaissance assurée au cours de sa carrière. Son œuvre L’Origine du monde (fig. 1), une commande privée étant exposée au public uniquement à la fin du XXe siècle, démontre assurément le caractère controversé de ses peintures. Par ailleurs, le peintre devra s’exiler à la fin de sa vie en raison de ses convictions politiques. Grâce à son influence sur la redéfinition des paradigmes de l’art, Courbet influencera plusieurs artistes du XIXe siècle ((Musée d’Orsay, « Gustave Courbet (1819-1877) : une biographie », dans Collections, En ligne. < https://www.musee-orsay.fr/fr/collections/dossier-courbet/biographie.html >. Consulté le 3 juin 2020)).

Gustave Courbet, L’origine du monde, 1866, huile sur toile, 46cm x 55 cm, Musée d’Orsay (Paris)
Source : catalogue virtuel des oeuvres du Musée d’Orsay
La nature est au cœur des productions artistiques de Gustave Courbet. Dans le texte From Ecological Vision to Environmental Immersion : Théodore Rousseau to Claude Monet, Greg M. Thomas explique comment le thème de la nature s’inscrit dans l’art du XIXe siècle. Parallèlement à la révolution industrielle, les préoccupations écologiques des artistes transparaissent particulièrement dans la représentation du paysage comme sujet principal de l’œuvre. L’auteur aborde dans son texte l’idée de l’immersion environnementale provoquée par les œuvres de Courbet ((THOMAS, Greg, « From Ecological Vison to Environmental Immersion : Théodore Rousseau to Claude Monet », dans EISENMAN, Stephen F., ed., From Corot to Monet : The Ecology of Impressionnism, Skira, 2011, p.51-52.)). L’analyse de l’œuvre Le chevreuil chassé aux écoutes, printemps (fig. 2) nous aidera à mettre en lumière cette thématique d’ordre écologique jouant un rôle crucial sur l’appréciation de l’observateur. L’intérêt de Courbet pour la nature s’illustre par son recours à des sujets ruraux, par exemple la chasse, comme thème central de l’œuvre ainsi qu’à l’intégration d’une subjectivité chez le spectateur afin de le rendre acteur de l’environnement représenté. L’utilisation des jeux de couleurs et la minutie du détail renforcent également le concept évoqué.

Gustave Courbet, Le chevreuil chassé aux écoutes, printemps, 1867, huile sur toile, 115,5cm x 89 cm, Musée des Beaux-Arts Jules Chéret (Nice).
Source : catalogue virtuel des oeuvres du Musée d’Orsay
D’abord, le tableau Le chevreuil chassé aux écoutes, printemps dépeint une scène se déroulant en forêt. Courbet fait preuve d’une grande fascination pour la chasse et l’utilise comme sujet principal de nombreuses peintures ((Musée d’Orsay, « Gustave Courbet : Le chevreuil chassé aux écoutes, printemps », dans Collections, En ligne. < https://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/peinture/commentaire_id/le-chevreuil-chasse-aux-ecoutes-17881.html?S=2&tx_commentaire_pi1%5BpidLi%5D=509&tx_commentaire_pi1%5Bfrom%5D=841&cHash=43008ff704 > Consulté le 3 juin 2020)). Dans cette œuvre, un chevreuil est placé au centre de la toile. Entouré d’arbres, il est le seul animal se retrouvant dans le paysage représenté. De plus, son environnement est dépourvu de toute forme d’industrialisation. Comme Thomas le mentionne, Courbet accorde une grande valeur au paysage rural, parce qu’il est exempt de la dominance de l’homme sur la nature. La chasse est une activité humaine faisant partie de la chaine alimentaire. La représentation que lui donne Courbet peut être interprétée comme un symbole de liberté. ((Institut Gustave Courbet, Les chasses de Courbet au Musée, le 30 novembre 2012. En ligne. < https://www.institut-courbet.com/les-chasses-de-courbet-au-musee/ >. Consulté le 2 juin 2020.))Contrairement à l’intervention urbaine, elle participe à une écologie harmonieuse et ainsi au respect de la nature (fig. 3).

Gustave Courbet, L’hallali du cerf, 1867, huile sur toile, 355cm x 505,0 cm, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie (Besançon)
Source : catalogue virtuel des oeuvres du Musée d’Orsay
Néanmoins, la peinture n’est pas entièrement dispensée de l’existence humaine. Courbet implique la présence de l’homme en attribuant un rôle à l’observateur qui lui se situe à l’extérieur du tableau. Il n’est plus question de se limiter à poser un regard extérieur sur le paysage. L’appréciation du spectateur devient davantage subjective puisque ce dernier est submergé par la forêt environnante. Le dialogue entre l’œuvre et celui qui l’observe est considérable dans le travail de l’artiste. On le retrouve aussi dans des tableaux comme celui de La mer orageuse. La présence humaine est hypothétique, puisqu’elle incite la participation du spectateur au dynamisme de la scène représentée (fig. 4).

Gustave Courbet, La mer orageuse dit aussi La vague, 1870, huile sur toile, 117cm x 160,5cm, Musée d’Orsay (Paris)
Source : catalogue virtuel des oeuvres du Musée d’Orsay
D’autre part, la peinture étudiée révèle la virtuosité de l’artiste grâce à la précision des images représentées et à l’utilisation des couleurs. Les critiques soulignent notamment l’attention de Courbet aux détails créant un univers incontestablement vraisemblable. La superposition des couleurs, par l’utilisation des tons chauds vers l’avant et des tons froids vers l’arrière, donne à la scène un effet de profondeur. Par ailleurs, les couleurs que l’on retrouve dans l’œuvre sont significativement plus claires que celles qu’il emploie à l’habitude (( Musée d’Orsay, loc. cit.,« Gustave Courbet : Le chevreuil chassé aux écoutes, printemps »)). Il adopte généralement des teintes plus foncées et moins vives ainsi que des contrastes plus frappants. Son tableau La Truite en est un exemple (fig. 5). Cependant, Le chevreuil chassé aux écoutes, printemps manifeste un important éclat qui suggère que l’observateur se situe au même endroit que la source de lumière projeté sur le chevreuil. De ce fait, Courbet permet une immersion dans l’environnement représenté engendrant ainsi la matérialisation d’un segment d’une scène de la nature tel le suggère Thomas.

Gustave Courbet, La truite, 1873, huile sur toile, 65,5cm x 98,5 cm, Musée d’Orsay (Paris)
Source : catalogue virtuel des oeuvres du Musée d’Orsay
En définitive, l’œuvre Le chevreuil chassé aux écoutes, printemps démontre assurément le concept d’immersion environnementale proposé par Courbet et souligné par Thomas. L’artiste plonge le spectateur dans un univers écologique. De plus, la virtuosité qu’il présente transparait dans son souci du détail et sa manière d’utiliser les couleurs. Ses préoccupations face à la nature se font ressentir à travers ses peintures. Ce qui est d’autant plus intéressant avec l’immersion environnementale de Courbet, c’est l’importance qu’il accorde au spectateur. La subjectivité qu’il offre nous permet de nous rapprocher de son vécu et d’expérimenter le rapport qu’il entretient avec son environnement.
BIBLIOGRAPHIE
Institut Gustave Courbet, « Les chasses de Courbet au Musée », dans Non classé, le 30 novembre 2012. En ligne. < https://www.institut-courbet.com/les-chasses-de-courbet-au-musee/ >. Consulté le 2 juin 2020.
Musée d’Orsay, « Gustave Courbet », dans Collections, En ligne. < https://www.musee-orsay.fr/fr/collections/dossier-courbet/biographie.html >. Consulté le 3 juin 2020.
THOMAS, Greg, « From Ecological Vison to Environmental Immersion : Théodore Rousseau to Claude Monet », dans EISENMAN, Stephen F., ed., From Corot to Monet : The Ecology of Impressionnism, Skira, 2011, p.47-57.
THOMAS, Kerstin. « La mise en scène du sauvage : Gustave Courbet et la chasse », dans Romantisme, n°129, 2005. p. 79-96. En ligne. < www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_2005_num_35_129_6623 >. Consulté le 2 juin 2020.
TSENG, Shao-Chien, « Contested Terrain: Gustave Courbet’s Hunting Scenes », dans The Art Bulletin, vol. 90, no. 2, 2008, pp. 218–234. < www.jstor.org/stable/20619603 >. Consulté le 2 juin 2020.
Tout d’abord, n’ayant pas choisi le même texte que vous, je dois souligner que votre analyse m’a permis de comprendre rapidement les enjeux évoqués par Greg Thomas, notamment ceux envers la place significative de l’environnement au cours du XIXe siècle qui, de surcroit, se mari bien avec le paradigme que véhicule l’artiste Gustave Courbet. Vos liens entre ses œuvres et le texte me semblent bien établis. Toutefois, dans votre introduction, votre choix d’illustrer l’œuvre «L’origine du monde», afin de démontrer que Courbet était un artiste controversé, est selon moi, moins pertinent que si vous aviez choisi une œuvre en lien avec le reste de votre analyse. Il est judicieux de prouver que Courbet est un artiste controversé, mais je crois qu’il aurait été plus édifiant de montrer davantage son cheminement artistique le menant à votre sujet principal. Selon moi, un tableau comme «Le Chêne de Flagey», aurait pu être une option afin d’amorcer votre corpus d’analyse et amorcer votre lien. Car, Courbet est un artiste conscient des réalités sociales, et malgré les controverses, son influence envers la peinture de paysages auprès de ses contemporains, est incontestable. Somme toute, j’ai trouvé pertinentes vos démonstrations mises en lumière concernant la chasse, l’immersion environnementale et finalement la place du spectateur dans les œuvres de Courbet, ce dernier point nous suggère agréablement d’entrer dans le mouvement véhiculé par l’artiste.