Camille Corot: instigateur de sentiment


Binôme: Mélisandra Leblond-Nunez – LEBM7354004 et Maria-José Poulin-Godoy- POUM2957980

Figure 1: Jean-Baptiste Camille Corot, Orphée pleure la mort d’Eurydice, 1861-65, Huile sur toile, 41.9 x 61 cm, The Museum of Fine Arts, Houston,
https://artsandculture.google.com/asset/orpheus-lamenting-eurydice/cgExMDYP7Ixe1w?hl=en-GB

Introduction

Alors qu’au 19ème siècle, en Allemagne et en Grande-Bretagne, la représentation de paysage se fait de plus en plus, la France subit cette influence et adopte une sensibilité du paysage, malgré la stricte hiérarchie des genres présents dans l’académie française qui place la peinture de paysage au dernier rang. La peinture de paysage permet davantage l’expression personnelle de l’artiste, une valeur qui est cardinale pour les artistes du romantisme et qui est de plus en plus acceptée à cette époque. Corot un peintre français, influencé par la peinture de paysage des artistes d’Europe du nord, a su sauver le genre du paysage historique. Une de ces oeuvres nommée “Orphée pleure la mort d’Eurydice”, est un bon exemple de ce genre ressuscité. Dans le but de mieux comprendre cette peinture, l’analyse de l’oeuvre est divisé en plusieurs parties: Corots et le paysage, Analyse et mythe et Lien entre l’oeuvre et le texte de Salé.

Jean-Baptiste-Camille Corot, Self-Portrait (Corot par lui-meme), French, 1796 – 1875, 1858, cliche-verre, Print Purchase Fund (Rosenwald Collection), https://www-oxfordartonline-com.proxy.bibliotheques.uqam.ca/benezit/view/10.1093/benz/9780199773787.001.0001/acref-9780199773787-e-00042527

Corot et le paysage

Parcours artistique de Corot   

Corot a été l’élève de Valencienne, Michallon et Bertin, donc il a eu une formation néo-classique. Il a alors pratiqué ses dessins sur le motif avec un désir de transcrire de façon précise et scrupuleuse la nature.((SALÉ, Marie-Pierre, GROLLEMUND, Hélene, « Entre «sur nature»,souvenir, et atelier», Dessiner en plein air, Variations du dessin sur nature dans la première moitié du XIXe siècle», Louvre Éditions, 2017, page 9 à 27.)) Cependant, il remplace cette froideur de la précision de la reproduction par une synthèse allusive et n’y conserve que l’énergie, la poésie et le mouvement dans ces tableaux. Le sentiment et l’émotion ne pouvaient être totalement absents des exercices de plein air académiques, mail il s’agissait avant tout d’étudier la nature. Corot pour se distinguer de l’école néo-classique fonde l’école de Barbizon.(( Note de cours: École de Barbizon et postérité)) L’intention est de retrouver un regard naïf et transcrire les impressions reçues par la nature. Une importance est donc accordé à l’observation sensible du paysage. 

Genre du paysage d’histoire

Corot arrive à sauver le genre du paysage historique, un genre qui était condamné à mourir devant le paysage naturaliste et moderne dans les années 1830. Il y a deux type de paysage d’histoire: le genre du paysage d’histoire de l’Académie qui représente un sujet historique, mythique ou lyrique, dans un paysage qui l’accompagne. Et il y a le genre du paysage d’histoire sous l’influence naturaliste qui illustre en premier plan un paysage dominant qui incorpore un sujet d’une narration tel un événement historique ou un mythe. Dans le cas d’Orphée pleure la mort d’Eurydice, qui est du genre du paysage d’histoire sous l’influence naturaliste, le paysage est immense et les personnages sont subordonnés à cette grande nature. 

Analyse et mythe 

Analyse formelle: 

Les dimensions de l’oeuvre sont petites, ce qui fait en sorte que pour bien apprécier les détails, une distance proche et restreinte est préférable. On observe à première vue un grand et vaste paysage dont la palette de couleurs utilisée est plutôt sombre. Les couleurs vivantes tel que le bleu sont atténuées par un effet brumeux. La peinture nous donne l’impression que Corot a réalisé cette oeuvre avec spontanéité dû à l’absence de détails. Les lignes de l’oeuvre sont organiques. La plastique fait écho au passé, dû au personnage mythique d’Orphée, comme indiqué dans le titre de l’oeuvre: celui-ci  «  (…) est habillé à l’ancienne, tandis que les compagnons apparaissent plus contemporains, vêtus de costumes folkloriques italiens.”((Kimbell art Museum, « Orpheus Lamenting Eurydice, c. 1861–65, Jean-Baptiste-Camille Corot ». En ligne. < https://www.kimbellart.org/collection/acf-196103?fbclid=IwAR2s4Zw009LpttgjRiXUxMI7Csfs7VqllRSD8MleLB_CHUE3HStNQ3BnlEg>. Consulté le 25 mai 2020.)) Une abondance de verdure dans ce grand paysage rappel le genre naturaliste. Le paysage est l’arrière plan mais il devient le sujet principal dû à sa grande dimension face aux personnages qui sont subordonnés à cette représentation de la nature immense. Cette oeuvre est fort probablement inspirée d’un décor de la Ville-d’Avray, un des endroits préféré du peintre. ((«Corot, Jean-Baptiste-Camille, Called Camille », dans Oxford Art Online , 31 octobre 2011, En ligne. <https://www-oxfordartonline-com.proxy.bibliotheques.uqam.ca/benezit/view/10.1093/benz/9780199773787.001.0001/acref-9780199773787-e-00042527>. Consulté le 2 juin 2020.))

Jean-Baptiste-Camille Corot, Wounded Eurydice, Huile sur toile, 1868-70, 55.9 × 41.3 cm, Art Institute of Chicago, https://www.artic.edu/artworks/878/wounded-eurydice

Mythe d’Orphée et Eurydice:

Cette oeuvre de Corot, exposée au Salon de Paris en 1861, met en scène une vaste et grande nature et projette au loin le personnage d’Orphée, un poète et un grand musicien de la mythologie grecque. Le mythe raconte l’histoire d’Orphée qui a perdu sa fiancée Eurydice, mordue par un serpent. Il décide alors d’aller au royaume des morts pour récupérer sa bien aimée. Orphée échoue à la condition que lui avaient dicté les créatures de l’enfer pour qu’il puisse récupérer sa bien aimée, alors il l’a perdue à tout jamais. Il retourne finalement seul au royaume des vivants et chante son amour pour Eurydice.(( Musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal, « 2 mn de Mythe – Orphée»17 décembre 2018. En ligne. < https://www.youtube.com/watch?v=sDXaFgXYVtU >. Consulté le 1ier juin 2020.)) C’est donc cette dernière scène du mythe qui est représentée dans l’oeuvre: le veuf joue de sa lyre entouré de trois femmes assises sur le sol. ((Kimbell art Museum, « Orpheus Lamenting Eurydice, c. 1861–65, Jean-Baptiste-Camille Corot ». En ligne. < https://www.kimbellart.org/collection/acf-196103?fbclid=IwAR2s4Zw009LpttgjRiXUxMI7Csfs7VqllRSD8MleLB_CHUE3HStNQ3BnlEg>. Consulté le 25 mai 2020.)) Corot reprend ce mythe pour y illustrer diverses scènes du récit, exemple son oeuvre: Orphée ramenant Eurydice des Enfers.

Lien entre l’oeuvre et le texte de Salé

Travail en plein air

À l’époque, pour peindre des paysages comme dans l’oeuvre: Orphée pleure la mort d’Eurydice, le peintre doit dessiner en plein air sur le motif des “études”  peintes à l’huile sur un carton.(( GOETZ, Adrien, « COROT JEAN-BAPTISTE CAMILLE», Encyclopaedia Universalis, s.d. En ligne. < http://www.universalis-edu.com.proxy.bibliotheques.uqam.ca/encyclopedie/camille-corot/>. Consulté le 25 mai 2020.)) Cela permet donc dans ce cas à Corot d’observer la nature et de l’étudier pour pouvoir la retranscrire et la peindre en suivant le cours de ses émotions. Dans plusieurs cas , le travail en plein air requiert une rapidité d’exécution pour saisir les ombres, les lumières, l’atmosphère changeante, les scènes en mouvement, etc. ((SALÉ, Marie-Pierre, GROLLEMUND, Hélene, « Entre «sur nature»,souvenir, et atelier», Dessiner en plein air, Variations du dessin sur nature dans la première moitié du XIXe siècle», Louvre Éditions, 2017, page 9 à 27.)) C’est ce dont il est question dans Orphée pleure la mort d’Eurydice où Corot a représenté une scène en mouvement: le feuillage des arbres et la pelouse semblent bouger dû au vent et la brume semble se disperser dans le ciel. L’utilisation de la peinture à l’huile dans cette oeuvre est un atout qui permet de structurer rapidement l’essence des ombres et lumières du paysage sans se préoccuper des détails.((«Corot, Jean-Baptiste-Camille, Called Camille », dans Oxford Art Online , 31 octobre 2011, En ligne. <https://www-oxfordartonline-com.proxy.bibliotheques.uqam.ca/benezit/view/10.1093/benz/9780199773787.001.0001/acref-9780199773787-e-00042527>. Consulté le 2 juin 2020.))

 

Travail en atelier, jeu de mémoire

Corot finalise la plupart de ses oeuvres en atelier. Il considère son atelier comme son lieu de création. C’est là où il fait travailler sa mémoire pour que ses souvenirs de la nature ressurgissent et ainsi s’en inspirer pour apporter les touches finales à son oeuvre. Il se détache alors peu à peu des repères de la nature au profit des sentiments éprouvés devant le paysage. Le souvenir des émotions du peintre, crée des tableaux souvent aux brumes argentés(( Note de cours: Jean-Baptiste-Camille Corot)) , comme on peut l’observer dans le paysage brumeux: Orphée pleure la mort d’Eurydice. Un peu comme les académiciens, Corot déforme la nature comme il l’entend d’après ses goûts et ses émotions.Dans Orphée pleure la mort d’Eurydice, la nature qui se présentait à lui ne comportait pas Orphée. Il y a donc sur ce point une déformation de la nature qui résulte du fruit de son imagination.

Composition esquisse 

Tous ces éléments figurants dans la peinture de Corot, comme ses émotions et la captation de mouvements donne un effet de spontanéité à cause de l’absence de détails,et cela mènent certaines personnes à penser qu’il est question d’un brouillon.  L’oeuvre « Orphée pleure la mort d’Eurydice » fait penser aux “brouillons” de Watelet alors qu’elle est pourtant achevée. Cette perception de voir les oeuvres de Corot comme des esquisses, est dû à la grande tradition de l’académie française qui a prôné l’exactitude de la représentation dans le cas de la nature. Il y eu a cet égard plusieurs inventions tel la chambre claire et la vitre mise au carreau pour permettre aux académiciens de retranscrire la nature avec la plus grande exactitude. Corot n’est pourtant pas attaché à cette tradition et il préfère interpréter la nature avec naïveté et selon ses sentiments personnels en se détachant complètement des règles académiques. C’est donc pourquoi son oeuvre Orphée pleure la mort d’Eurydice exprime ses sentiments face au paysage plutôt que l’exactitude de celui-ci.  

Conclusion

Pour conclure, l’oeuvre de Corot est un exemple du genre du paysage d’histoire sous l’influence du naturalisme. La nature n’est pas subordonnée au sujet, comme dans les peintures de paysage d’histoire de l’Académie, c’est plutôt la nature immense qui incorpore les sujets. Les souvenirs des émotions de l’artiste crée des tableaux qui diffère de ceux de l’Académie qui prône l’exactitude de la représentation. Tout cela mène alors à un bouleversement des traditions académiciennes et donnera naissance peut-être à l’éclosion de l’impressionnisme…

Bibliographie 

  1. SALÉ, Marie-Pierre, GROLLEMUND, Hélene, « Entre «sur nature»,souvenir, et atelier», Dessiner en plein air, Variations du dessin sur nature dans la première moitié du XIXe siècle», Louvre Éditions, 2017, page 9 à 27. Consulté le 15 mai 2020.
  1. Kimbell art Museum, « Orpheus Lamenting Eurydice, c. 1861–65, Jean-Baptiste-Camille Corot ». En ligne. < https://www.kimbellart.org/collection/acf-196103?fbclid=IwAR2s4Zw009LpttgjRiXUxMI7Csfs7VqllRSD8MleLB_CHUE3HStNQ3BnlEg>. Consulté le 25 mai 2020.
  1. «Corot, Jean-Baptiste-Camille, Called Camille », dans Oxford Art Online , 31 octobre 2011, En ligne. <https://www-oxfordartonline-com.proxy.bibliotheques.uqam.ca/benezit/view/10.1093/benz/9780199773787.001.0001/acref-9780199773787-e-00042527>. Consulté le 2 juin 2020.
  1. Musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal, « 2 mn de Mythe – Orphée », 17 décembre 2018. En ligne. < https://www.youtube.com/watch?v=sDXaFgXYVtU >. Consulté le 1ier juin 2020.
  1. GOETZ, Adrien, « COROT JEAN-BAPTISTE CAMILLE », Encyclopaedia Universalis, s.d. En ligne. < http://www.universalis-edu.com.proxy.bibliotheques.uqam.ca/encyclopedie/camille-corot/>. Consulté le 25 mai 2020.
  1. Google Arts & Culture,  «Orpheus Lamenting Eurydice, Jean-Baptiste-Camille Corot c. 1861–65 ». En ligne. < https://artsandculture.google.com/asset/orpheus-lamenting-eurydice/cgExMDYP7Ixe1w?hl=en-GB >. Consulté le 25 mai 2020.
  1. Google Arts & Culture, « Orpheus Leading Eurydice from the Underworld, Jean-Baptiste-Camille Corot 1861 ». En ligne. <https://artsandculture.google.com/asset/orpheus-leading-eurydice-from-the-underworld-jean-baptiste-camille-corot/1QH79DCxW2Tj3A?hl=en >. Consulté le 25 mai 2020.
  2. Art Institute of Chicago, «Wounded Eurydice », dans Art Institute of Chicago. En ligne. < https://www.artic.edu/artworks/878/wounded-eurydice >. Consulté le 2 juin 2020.

2 thoughts on “Camille Corot: instigateur de sentiment

  1. Camille Breton

    Tout d’abord, je tiens à vous féliciter pour votre excellent texte, il fut très agréable à lire. Ensuite, j’aimerais ajouter à votre discours en apportant les notions apprises lors de ma lecture du texte L’étude de L’école de Barbizon: une nécessaire remise en question de l’histoire de l’art de Vincent Pomarède. À mon avis, l’œuvre choisie illustre parfaitement l’idée de l’auteur qui exprimait que les artistes et leurs œuvres devaient être compris de façon plus large que ce que leur courant associé leur permet. Comme vous l’avez mentionné, Orphée pleure la mort d’Eurydice s’agit d’un paysage historique par la présence des personnages, mais ce tableau appartient aussi au courant du Naturalisme, en plus de présenter des aspects du Romantisme. Vous avez mentionné que Corot :  » déform[ait] la nature comme il l’entend d’après ses goûts et ses émotions. (…)  » en plus de s’attarder au travail en plein air. Vous terminez aussi votre article en soulignant que le travail de la matière s’apparente aussi au travail des impressionnistes qui éclora quelques années plus tard. Toutes ces références prouvent la complexité de l’œuvre et de l’artiste et demande à l’historiographie de décloisonner les courants afin de mieux saisir l’œuvre. Merci!

  2. Virginie Provencher

    Mon commentaire se veut de compléter votre analyse (superbe d’ailleurs) de cette oeuvre de Corot en la distinguant de l’oeuvre sur laquelle j’ai fait la mienne. C’est très intéressant de voir comment le même texte, soit celui de Salé, peut amener à l’étude d’œuvres totalement différentes. Votre oeuvre s’inscrit dans le propos du texte, puisque l’étude du paysage a été produit en nature, à l’aide de la technique de l’huile sur papier. Cette technique fait partie des nombreuses étudiées par le texte de Salé. Par ce fait, je trouve intéressant de remarquer que le sujet de l’oeuvre n’est pas le paysage ou a nature même, comme dans les aquarelles de Paul Huet, mais bien un sujet tout autre. Corot s’inspirait de ses études en nature afin d’y tirer le sentiment et le souvenir du paysage afin de peindre son oeuvre. C’est un aspect de la peinture sur nature qui est différent des oeuvres réalisées directement d’un paysage et effectuées entièrement en nature. Cela donne à voir la complexité et les multitudes de voies possibles pour la réalisation d’oeuvres à l’aide du dessin sur nature !

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