Paul Huet et le plein air

Figure 1
Paul Huet, Vue de Villeneuve-lès-Avignon, 1833, Aquarelle sur traits à la mine de plomb, H 26.2cm/ L 38.6 cm, Musée du Louvre.
Source de l’image : Collection en ligne du Musée du Louvre.

Paul Huet, peintre français du XIXe siècle est connu pour être un des premiers à consacrer son œuvre aux paysages. Élève de Gros, Huet découvrira au Salon de 1824 les toiles de paysages anglais, dont celles de John Constable. Un séjour au Pyrénées en 1846 lui fera découvrir les montagnes et il en multipliera les études et vues sur le motif. De son œuvre, ce sont ses nombreuses aquarelles peintes en plein air qui sont encore mal connue. Toutefois, celles-ci font preuve d’une sensibilité exprimée de manière toujours réaliste et ce, avant même l’école de Barbizon. ((Jean-Pierre Mouilleseaux, « HUET PAUL – (1803-1869) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 4 juin 2020. URL : http://www.universalis-edu.com.proxy.bibliotheques.uqam.ca/encyclopedie/paul-huet/))

Le but de l’analyse est de déterminer en quoi les aquarelles de Paul Huet, en particulier l’œuvre Vue de Villeneuve-lès-Avignon (fig.1) s’inscrit dans la tradition du dessin en plein air, comme décrite dans le texte Dessiner en plein air : Variations du dessin sur nature dans la première moitié du XIXe siècle de Marie-Pierre Salé. L’œuvre participe cette pratique du dessin sur nature tant par son sujet, son exécution et que son coloris.

Le peintre français Paul Huet, dans son œuvre, met de l’avant les paysages en laissant de côté les sujets biblique, mythologiques ou historiques. Il va être un des premiers à s’inspirer davantage des paysages et vues de la France, au détriment des paysages italiens souvent représentés par les peintres de l’époque. Son engouement pour les paysages de son pays natal démontrait que ces paysages français étaient dignes d’être regardés et donc peints. ((Véronique,Goarin. Musée du Louvre. En ligne. < https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/vue-de-villeneuve-les-avignon > En ligne. )) Il va faire de nombreux voyages au fil des ans dans le but de découvrir de nouveaux paysages, de nouvelles régions. Aussi, il va exécuter un nombre considérable d’études en plein air, dans une technique rapide et enlevée ((Ibid. )). Son œuvre « « […] propose des paysages où la nature est le seul sujet, rendue vivante par le rôle des éléments. Ses ciels sont clairs ou orageux, ses rochers abrupts, ses sous-bois sombres, ses forêts sombres et ses architectures modeste. ». ((Ibid. ))

Huet, à l’été de 1833 entreprend un voyage de découverte qui l’amènera à Villeneuve-lès-Avignon. Au cours de ce voyage, il va exécuter une variété d’études marquées par une forte luminosité, claire et franche.((Ibid. )) L’aquarelle Vue sur Villeneuve-lès-Avignon a pour sujet un regroupement de bâtiments, qu’on devine être des maisons. On perçoit des toits et des cheminées. Au loin on distingue un paysage, d’où on « devine la ville d’Avignon de l’autre côté du Rhône » ((Ibid. )) L’œuvre comporte des teintes chaudes, ainsi que des contrastes d’ombre et de lumière, notamment sur les toits et l’enceinte de la fortification. Le bleu du ciel dégage une certaine chaleur, qui s’agence avec le reste des couleurs de l’aquarelle.

Le texte de Marie-Pierre Salé fait étalage des diverses techniques du dessin en plein air et des styles différents qui s’y rejoignent. Elle propose dans Dessiner en plein air : Variations du dessin dans la première moitié du XIXe siècle une pratique qui comporte une tradition précise qui pose avant tout le dessin sur nature comme préalable à la réalisation de tableaux. Les études sur le motif, donc, effectuées en plein air par les peintres, leur permettaient ensuite de faire des compositions en atelier, en ajoutant, modifiant la disposition des éléments. Ces études sur nature permettaient aussi d’acquérir une meilleure technique de reproduction de ce que l’œil percevait et jouait d’ailleurs un rôle dans le dessin de mémoire. « Contempler ou observer la nature et la restituer de mémoire – « de ressouvenir » – faisait partie des exercices proposés par Valenciennes ». (( Marie-Pierre, Salé. « Dessiner en plein air. Variations du dessin sur nature dans la première moitié du XIXe siècle. » Paris, LienArt ; Louvre éditions, 2017, p.20 )) Il s’agissait surtout d’étudier la nature. De surcroît, il va de soi que les sujets les plus représentés du dessin sur nature soit la nature même, les paysages qui défilent devant les artistes. Huet représente dans son aquarelle « […] un groupe de maison à l’intérieur du Fort Saint-André à Villeneuve-lès-Avignon, adossées à la porte fortifiée […] »((Véronique,Goarin. Musée du Louvre. En ligne. < https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/vue-de-villeneuve-les-avignon > En ligne. Consulté le 3 juin 2020.))

Figure 2
Eugène Delacroix : Notes et croquis pris à Meknès,
Album d’Afrique du Nord et d’Espagne.
Source de l’image : Collection en ligne du Musée du Louvre.

L’auteure met d’ailleurs de l’avant que la pratique se voit simplifiée avec l’apparition de carnets produits en plus grande quantités et variétés. Cette disponibilité du carnet permettait alors plus de liberté aux artistes de faire du sur nature. Une caractéristique relevée par le texte de Salé est que les artistes se servaient le plus souvent des carnets et du dessin en plein air lors de voyage. Delacroix s’y adonnait d’ailleurs, comme peuvent en attester ses carnets du Maroc. (Fig 2 ) Il s’agit justement du contexte de réalisation de l’aquarelle de Huet, lors de son voyage au cours de l’été 1833, en Auvergne, qui l’amènera à Villeneuve-lès-Avignon.

Dans son texte, Salé mentionne aussi l’importance de la question de la couleur. Plusieurs artistes du XIXe siècle n’avaient par le matériel requis pour faire le coloris sur place, on voit donc apparaître une littérature des couleurs en marges des croquis ou dessins en nature. On note aussi que la pratique de l’aquarelle était beaucoup moins développée en France qu’en Angleterre et donc qu’elle était moins répandue. Une autre manière d’apposer de la couleur aux œuvre réalisées en plein air était de les colorer en atelier, puisque l’aquarelle faite directement sur le motif se développe plus vers la fin du XIXe siècle. ((Marie-Pierre Salé. « Présentation d’exposition : Dessiner en plein air  » dans Musée du Louvre, Chaine Youtube, Paris, 2018, 51:55. En ligne. < https://www.youtube.com/watch?v=WHxVlfBWiC8&feature=youtu.be > Consulté le 3 juin 2020. )) Pour l’aquarelle de Paul Huet, on perçoit des tracés fait au crayons plombs sur la feuille, qui sont toujours visibles. Ce tracé préalable au crayon signale probablement une reprise en atelier ((Ibid 53:10 )). Ce qui situe non seulement l’œuvre dans la pratique du dessin sur nature, mais aussi dans une pratique répandue précisément au début du XIXe siècle.

Même si cette aquarelle de Paul Huet a servi comme étude à la réalisation d’un tableau qui sera présenté plus tard au Salon de 1834, tout comme le soulève le texte de Salé, il s’agit aussi d’une œuvre à part entière et n’est pas un simple brouillon. Les aquarelles de Huet sont riches et composent, selon moi, la richesse et la pertinence de tout l’œuvre de l’artiste.

BIBLIOGRAPHIE

GOARIN, Véronique. Musée du Louvre. En ligne. < https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/vue-de-villeneuve-les-avignon > En ligne. Consulté le 3 juin 2020.

 MOUILLESEAUX, Jean-Pierre. « HUET PAUL – (1803-1869) », Encyclopædia Universalis [en ligne] URL : http://www.universalis-edu.com.proxy.bibliotheques.uqam.ca/encyclopedie/paul-huet/. Consulté le 3 juin 2020.

SALÉ, Marie-Pierre., « Dessiner en plein air. Variations du dessin sur nature dans la première moitié du XIXe siècle. » Paris, LienArt ; Louvre éditions, 2017, p 9-27.

SALÉ, Marie-Pierre. « Présentation d’exposition : Dessiner en plein air  » dans Musée du Louvre, Chaine Youtube, Paris, 2018, 58: 58. En ligne. < https://www.youtube.com/watch?v=WHxVlfBWiC8&feature=youtu.be > Consulté le 3 juin 2020.

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